Dans les ateliers de Fibrosud. © Elodie RatsimbazafyIl y a les usines qui ferment à grand bruit et les autres, plus petites, plus nombreuses, plus seules. Cette semaine, les projecteurs sont braqués sur Technicolor (ex-Thomson) qui est en mauvaise posture depuis que Orange a confié l'assemblage des décodeurs TV à Sagem, son concurrent.
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Si Technicolor périclite, ce sera la moitié de l'activité de FibroSud, installée dans l'Hérault, qui sera touchée. Ce qui compliquera singulièrement les choses pour cette entreprise, à la fois nouvelle et ancienne, spécialisée dans la maintenance électronique.
Nous avions rencontré, au début de l'année, les six propriétaires de Fibrosud. Ils venaient de se lancer dans un pari un peu fou : celui de sauver leur site de Saint-Mathieu-de Tréviers, près de Montpellier, promis à une fermeture certaine après la vente du groupe auquel il appartenait.
Ils s'étaient donnés un an pour réussir à dégoter de nouveaux contrats et prouver que faire appel à leur usine, redevenue une PME locale, n'était pas forcément plus cher que de délocaliser la maintenance à l'autre bout de l'Europe ou du monde. Vaste combat.
De g. à d. de haut en bas : Michel Maggi, responsable de production ; Jean-Christophe Estoudre, expert technique ADSL ; Carlos De Freitas, expert en matériel de réception de vidéo ; Emmanuel Brossard, président-directeur ; Marlène Taurines, responsable de la logistique et des opérations ; François Perabo, responsable qualité et sécurité. © E.R.Où en sont-ils ? "On s'est donné un an. On n'est pas encore à la moitié, alors si on commence à paniquer...", souligne Jean-Christophe Estoudre, un des six cadres qui tentent de relancer l'entreprise. Les difficultés de Technicolor sont une sacrée épine dans le pied. "Ce serait embêtant que Technicolor ferme son usine à Angers", euphémise Emmanuel Brossard, le président-directeur. Il regrette que la volonté politique s'arrête aux portes de ces sites emblématiques, passant sous un silence relatif les conséquences pour les sous-traitants.
D'ailleurs, il a écrit à "sa" nouvelle ministre de tutelle, Fleur Pellerin, déléguée à l'économie numérique. Sans réponse à ce jour. "On laisse [au gouvernement] un peu de temps ! Mais j'ai écrit à Mme Pellerin qu'il fallait une réflexion globale sur l'électronique en France. Quand on connait tous les acteurs d'un domaine, on a davantage de solutions pour sauver une usine", préconise M. Brossard.
En ce moment, l'équipe est à Monaco à l'occasion du salon des professionnels de l'électronique grand public, où ils espèrent rencontrer de futurs partenaires. Participer à ce type de manifestations a un coût important pour une entreprise fragile comme la leur. "L'investissement commercial, c'est maintenant qu'il faut le faire", justifie M. Estoudre.
Cette mission de prospective est d'autant plus importante à l'heure où Technicolor se porte mal. Mais d'ores et déjà, les efforts accomplis dans ce domaine ont permis de récolter deux contrats : l'un pour ré-assembler de vieux ordinateurs promis à la décharge, l'autre pour assurer le service après-vente d'un fabriquant français de tablettes. D'autres débouchés émergeront peut-être, mais ils doivent faire face à une concurrence féroce, notamment des pays de l'est. Ils sont en mesure d'être compétitifs par rapport à ces derniers, martèle Marlène Taurines, la responsable des opérations.
Le problème aujourd'hui réside surtout dans la difficulté à embrasser un secteur entier, à en connaître tous les acteurs et leurs besoins : les six ont fait le tour des collectivités locales pour savoir comment ces dernières pourraient les aider et ils se disent un peu perdus face à la multitude des structures. "Il faudrait un interlocuteur unique qui puisse nous aiguiller. Le temps que l'on comprenne ce qui nous est utile et ce qui ne l'est pas... Les gens que l'on a rencontrés font bien leur boulot, mais à quoi ça sert tout ça ? On nous propose des aides aides financières. Cela peut être utile, mais ce que l'on cherche, ce sont des clients. Ce que l'on veut, c'est créer notre propre richesse. Les pouvoirs publics doivent aider les professionnels à se mettre en relation", résume M. Estoudre.
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